Jack Jeffrey et Bernadette Phan

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Heures d'ouverture de la galerie :
du lundi au vendredi de 10h à 12h et de 15h à 19h.
Le samedi de 10h à 12h et de 15h à 18h.

Galerie du Tableau

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Diem Perdidi est une association créée en 1990 et dont l’objet est " la promotion des artistes plasticiens de la Région Provence Alpes Côte d’Azur ".

Depuis 1991 Diem Perdidi gère la Galerie du Tableau, rue Sylvabelle, à Marseille.

C’est un petit espace agrandi par le temps. En proposant un artiste par mois, la Galerie du Tableau, n’aurait pu en vingt-deux ans n’en proposer que deux cents.

Pour l’heure ce sont deux mille expositions et plus qui ont eu lieu.

Le 17 décembre 1990, un " microbe " de Max Ernst était proposé pour l’inauguration. Une épidémie s’est, ce jour-là, déclarée.

Dans cette galerie sont exposées des oeuvres d’art contemporain avec cette singularité que les expositions se déroulent selon un rythme bimensuel. Autrement dit un lundi sur deux a lieu un vernissage. Ainsi plus de 2000 artistes, pour la plupart de la Région PACA, ont pu présenter leurs travaux à la Galerie du Tableau.

Outre cette activité régulière, Diem Perdidi organise des manifestations qui permettent des échanges internationaux : Il s’agit alors soit de permettre aux artistes de la Région d’exposer à l’étranger, soit d’organiser l’accueil d’artistes étrangers dans la Région PACA.

Diem Perdidi

François Dezeuze : exposition du 27 avril au 09 mai 2015

 

LES CATASTROPHES DES ARCHIFANTAISIES (1)

François Dezeuze « fût » graveur et seul un maître graveur peut se permettre des explorations aussi audacieuses avec une presse, du papier et de l’encre. Il a abandonné depuis quelques temps déjà - d’où le « fut » - les outils et le vocabulaire même du métier, les plaques, les acides, les burins, les vernis, les eaux fortes, la défonce ou les hirondelles, pour ne garder que les macules et les mauvais réglages…. Chercheur obstiné de légèreté, il a encore tourné le dos au drame du savoir-faire. Ce qu’il produit ce sont des catastrophes, ces macules honnies par les tâcherons de la presse. Les petites collines d’encres qu’il dépose sur la feuille de papier sont écrasées par le cylindre jusque dans les fibres les plus ténues, exténuées. On pourrait croire au hasard, mais ce n’est pas si simple, François connaît trop bien sa machine et le papier qu’il y englouti. Il affine, de tirage en tirage, règle, note, observe ces catastrophes. Il lutte contre cette implacable symétrie inhérente à l’imprimerie, qu’il juge inquiétante, obscène, monstrueuse. Il découpe, fusionne, lie, coupe… Compose formes et couleurs, un peu comme un peintre, par couches, sédiments, sauf que le papier ici assèche et boit tout jusqu’à l’ultime pigment.
De ces cataclysmes d’impressions naissent des formes rares parfois très colorées dans lesquelles évidemment on pourrait se perdre en points de vue. Paysages japonais ou romantiques, organes palpitants, végétaux raffinés, rapports d’échelle vertigineux… etc., etc. Mais François ne tient pas à donner la parole à ces pareidolies (2) infinies, il les laisse à ceux qui les observent.
Il lui faut maintenant un vocabulaire pour ce qui n’est plus de la gravure et qui n’est pas tout à fait de la peinture. En l’écoutant travailler, j’ai René Thom qui vient et sa théorie des catastrophes, comme une évidence. C’est saisissant. Le cycle d’hystérésis (3) des encres en surface fige la coexistence d’éléments en conflit pour une archifantaisie, un accident presque maîtrisé, une catastrophe magnifique. Ce n’est pas très clair, j’en conviens. Le mathématicien décèle sept formes de catastrophes : le pli, la fronce, la queue d’aronde, la vague ou ombilic (4) hyperbolique, le poil ou ombilic elliptique, le champignon ou ombilic parabolique et le papillon. Les morphogénèses de l’écrasement sont, sous la presse de François Dezeuze, complètement raccord avec ces formes décrites par Thom et le schéma actanciel (5) contient : finir, durer, commencer, fusionner, scinder, capturer, changer, émettre, faillir, reprendre, répulsion, traverser, envoyer, donner, prendre, lier, couper, rejeter, cracher… etc. Un vocabulaire est peut-être là, mais les inventions chamarrées de l’artiste sont à l’œuvre.

Philippe Saulle

1 Archifantaisie : terme utilisé par le mathématicien français René Thom dans son courrier au psychanalyste Benoit Virole. Ce terme obscur pour moi (mais tellement adapté aux formes de François Dezeuze) est cité dans « La dynamique qualitative en psychanalyse », de Michèle Porte, ouvrage dans lequel la contribution du mathématicien est déterminante.
2 Paréidolies : figures que l’on devine dans les nuages ou autres matières.
3 Hystérésis : propriété d'un système qui tend à demeurer dans un certain état quand la cause extérieure qui a produit le changement d'état a cessé.
4 Ombilic : creux, courbe, dépression plus ou moins étroite.
5 Schéma actanciel : recense l'ensemble des actes (verbes), rôles et relations qui fondent la narration d'un récit.

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