MAX CHARVOLEN
Process d'assises
exposition du 9 au 21 mars 2026
(…) Posons la question rituelle du message de l'oeuvre. Si ça parle, qu'est-ce que cela dit ? A nous, en tant que locuteurs, pas grand-chose,
du moins directement. Indirectement, cela nous fait reparcourir certaines allées de l'histoire de l'art. Mais ça parle surtout à notre corps,
à nos pieds, à nos mains, à nos yeux, et donc à notre imaginaire. Parce qu’en même temps que nous repérons la trace de ce qui a été enveloppé,
nous ne pouvons nous empêcher de réagir à la nouvelle forme, et d'inventer de nouvelles significations : les escaliers deviennent visages,
oiseaux, les outils sexes, coquillages. De quoi ça parle ? De l'artiste d’abord, des centaines de gestes quotidiens qu'il a dû additionner
pour transmuter un lieu en un autre, avec le matériau qui depuis des siècles ne servait qu’à représenter un lieu sur un autre.
Et de nous, à des profondeurs que nous avons peu l’occasion de visiter. L’art de Charvolen nous invite à mobiliser nos ressources psychiques
en puisant dans notre animalité. On a évoqué les mues à propos de ses enveloppes. Le dictionnaire permet d’affiner la comparaison.
Il nous apprend que les insectes passent par trois stades de transformation avant de trouver leur forme : la chrysalide dans laquelle
la chenille s'enferme pour muer, la nymphe, stade intermédiaire où elle perd sa forme initiale et devient larve, et l'imago qui est la forme
définitive de l'être sexué, juste avant l’éclosion. L’enveloppe est donc bien dans le monde animal facteur à la fois de changement et d'identité.
En l'appliquant aux lieux et aux objets de notre environnement quotidien Charvolen nous incite à changer pour mieux nous (re)trouver.
Nicole Biagioli (Sémioticienne). MU(ES)TATIONS, sur l’oeuvre de Max Charvolen,
in Max Charvolen sur le trésor des Marseillais, Delphes, musées de Marseille, 2007